Le chemin (témoignage publié avec la permission de l’auteur)

« Les séances avec Marie me font ouvrir ce qui pourrait être l’antonyme de la boîte de pandore et m’aident à soigner ce qui est encore blessé au fond de moi. »

Les séances avec Marie ne sont jamais sans conséquences, elles s’étendent sur les jours, voire les semaines suivantes, par des rêves ou semi-rêves éveillés et des réalisations fortes et claires.

C’est encore le cas de la dernière séance, que j’ai faite il y a déjà presque trois semaines. De mon ressenti c’était la semaine dernière mais je sais pertinemment qu’il a fallu une semaine entière pour que les ramifications poussent. Il faut dire que le sujet était relativement lourd, même si vingt-six ans se sont écoulé depuis les faits, j’ai voulu revenir sur mon viol. Enfin voulu n’est pas le terme exact, le sujet est revenu sans crier gare à la toute fin de la session précédente, me surprenant profondément. Non pas que je l’ai oublié ou refoulé mais au contraire je pensais avoir fait mon chemin avec ce malheureux évènement qui s’est passé à mon adolescence, d’où ma surprise. Et forcément ça remue aussi.

Dans la dernière séance j’ai donc décidé de travailler sur ce sujet. J’ai refait le parcours de la piscine à sa chambre, on a longtemps marché parce qu’il ne voulait pas prendre le bus, tout en étant projeté dans un autre monde. J’étais à la fois ce moi assigné fille de quatorze ans et le moi transitionné actuel. Lui moi d’aujourd’hui lui a parlé, et avec l’aide de créatures qui m’accompagnent et me guident lors de ces séances, j’ai pu lui apporter ce dont elle avait besoin et que je n’avais pas pu à l’époque. Ceci ne reflète pas l’état dans lequel j’étais lors de la séance, j’ai encore pleuré, ce qui arrive régulièrement avec Marie, mais trois semaines plus tard c’est comme si je regardais ce rêve éveillé du dessus, avec du recul et sans plus ressentir ce que j’ai pu ressentir sur le moment.

Après la séance, je ne savais pas si j’en avais fini avec cet évènement de mon passé ou pas, mais je m’attendais à avoir des rêves ou des pensées fortes, en rapport direct ou non avec le sujet de la séance, mais probablement avec un rapport quelque part. Bizarrement il ne se passa d’abord rien et je crû alors que je m’étais apporté ce dont j’avais besoin pour clore le chapitre une fois pour toute. Non pas l’oublier, ça ne sert à rien, on ne peut pas effacer ce qui s’est passé, ça fera toujours partie de moi ; mais vingt-quatre ans plus tard et étant une « autre » personne cela ne me touche plus vraiment et je pensais pouvoir le remettre dans la petite boîte que je lui ai faite dans mon cerveau et refermer le couvercle dessus, comme pour pas mal de choses du passé.

Les choses se précipitèrent exactement une semaine plus tard, avec comme déclencheur l’invitation de ma mère à venir passer du temps dans sa maison dans ma ville natale, que d’habitude elle loue mais qui là sera libre pour un mois. Je pense que ce qui a fait remonter mon viol à la surface dans un premier temps c’est que l’année dernière a été tellement dure pour moi qu’à la fin de l’année je me suis déconnecté de moi-même, je ne ressentais plus rien, j’étais comme anesthésié des sentiments. J’ai crû que c’était la première fois de ma vie que cela m’arrivait, moi qui ai plutôt tendance à être hyper sensible et à déborder de sentiments, que j’ai du mal à gérer des fois. Mais, après cette séance avec Marie au cours de laquelle ce sujet a jailli de sa boîte comme un diable, il m’était devenu clair que non ce n’était pas la première fois de ma vie que j’étais dans cet état, après le viol j’avais aussi été complètement déconnecté de moi-même et anesthésié. Je l’avais oublié, je pense à cause de la nature des faits mais aussi parce qu’à l’époque je n’étais pas connecté physiquement avec moi- même, il n’y a donc eu « que » la partie émotionnelle qui a été déconnectée. Cela expliquait en partie pourquoi le diable était ressorti de sa boîte sans que j’aille le chercher, j’étais dans le même état qu’à l’époque.

J’en étais là de mon analyse et avec la séance suivante derrière moi lorsque ma mère me fit part de son invitation à revenir dans la ville dans laquelle ça c’était passé, je pense que c’est ça qui a fait le lien, même si je suis toujours revenu plus ou moins régulièrement à Toulouse. Cette invitation a déclenché en moi des sentiments contradictoires et intenses, d’un côté très content de pouvoir aller y passer une à deux semaines parce que quand la maison est louée je n’ai plus de pied à terre pour y rentrer et que j’aime cette ville et les personnes qui s’y trouvent ; de l’autre à cause du covid le stress et l’angoisse du voyage et des tests à faire et de la quarantaine au retour,… auquel s’ajoute le stress de trouver des personnes qui peuvent s’occuper de mon enfant les jours où c’est mon tour (je suis l’un des trois co-parents d’une crevette de sept ans et demi) ; le tout arrosé du fait qu’il faut que j’aborde certains sujets avec ma mère, dont ledit sujet, chose que je repoussai à « quand on se verra »… Je suis donc allé au lit dans un état assez particulier et cette nuit là les rêves réalistes et parlant se sont succédés. Aucun n’était en lien direct avec le viol mais tous étaient en lien avec Toulouse et celui qui m’a le plus frappé a été celui que j’ai fait avec ma grand-mère.

J’ai une grand-mère de cœur, qui n’a aucun lien génétique avec moi, mais personnellement je me fous de la génétique, à part quand j’hérite d’une maladie rare à cause de mon patrimoine ! Elle s’est occupée de moi lorsque j’étais petitE et lors de ma transition, n’ayant rien à perdre, j’ai pu lui dire que je la considérais comme ma grand-mère, la dernière qu’il me reste. Elle a plus de quatre-ving-dix ans et a perdu son mari il y a environ vingt-cinq ans, aussi même si elle est relativement en forme pour son âge la dernière fois que je l’ai vue elle m’a confié en avoir marre de la vie. Je pense à elle régulièrement, me disant qu’il faudrait que j’aille la voir tant qu’elle est encore là. Tatie, comme je l’appelle, a accepté ma transition mais n’arrive toujours pas à changer ni mon prénom ni le genre dans lequel elle me parle. C’est une situation délicate pour moi parce qu’au vue de son âge et de ce qu’elle a vécu je ne lui en veut pas, mais malgré tout il est toujours plus ou moins difficile pour moi d’entendre mon ancien prénom et le féminin à mon sujet, ça m’atteint plus ou moins… Dans mon rêve j’arrivais dans la cour et, avant de monter chez elle et je m’arrêtais pour me préparer mentalement à ce retour dans le passé avec un moi qui serait au féminin. Je montais ensuite les escaliers, me sentant content de la voir, finalement dans mon rêve le reste n’était qu’un détail. J’arrivais chez elle et y trouvais aussi sa fille, dont j’étais amoureux quand j’étais petitE, et que je n’ai pas revue depuis ma transition. Les retrouvailles se passaient bien, on buvait le thé avec un gâteau que Tatie avait fait, comme d’habitude, et puis j’ai eu besoin d’aller aux toilettes. J’allais dans les toilettes au fond de la cuisine, ceux dans lesquels je me suis enferméE sans faire exprès petitE, voulant jouer les grandE en fermant le verrou, chose qu’on m’avait interdite de faire, et m’asseyais dessus pour faire pipi. A un moment je regardais dans les toilettes et me rendais compte que l’eau était rouge, il y avait du sang mélangé à l’urine. Je ne ressentis aucun stress, me demandais juste ce qui se passait tout en continuant de soulager ma vessie. Au bout de quelques secondes l’évidence m’apparue : j’avais mes règles, c’était normal, j’étais chez Tatie. Comme si le fait de m’appeler par mes anciens prénom et pronom m’avait renvoyé à cet état, même si physiquement je n’avais pas changé. Dans mon rêve je ne ressentais rien, c’était juste un fait logique. Je cherchais une serviette hygiénique, n’ayant mis des tampons que les quelques dernières années où j’ai eu mes règles, rien ne rentrait à l’intérieur à l’époque. Après l’avoir mis en place je ressortais des toilettes et revenait boire le thé dans le salon comme si rien ne s’était passé.

Lorsque je me réveillais par contre j’étais complètement abasourdi ! La distance et le détachement avec lesquels j’avais géré cette situation dans les toilettes étaient tellement irréels, je ressentais encore ce « ah ben oui c’est logique, je suis chez Tatie » que je m’étais dit dans mon rêve et le sentiment que cet évènement gavait glissé sur moi comme l’eau sur le rocher qu’elle a poli au fil du temps ! La réalité aurait été diamétralement opposée à mon rêve !! Si un jour, pour une raison ou une autre, mes règles devaient revenir j’y ferai face avec un mélange de colère, de stress, de dégoût et de désespoir, le tout saupoudré d’une grosse touche d’abattement !

Le lendemain soir au moment de m’endormir j’eus comme une sorte de soubresaut qui me plongea dans un état proche de l’état hypnotique dans lequel je suis lors des séances avec Marie, le pétard que je venais de fumer pour m’endormir aidant à ouvrir cette porte. Je me retrouvais dans la maison des parents de ma correspondante allemande, chez qui je suis alléE régulièrement de mes quatorze à mes vingt ans environ. La maison était vide et j’étais comme un fantôme qui visitait toutes les pièces que je revoyais si clairement qu’on aurait pu penser que j’y étais revenu une semaine auparvant ! Il ne s’y passais rien, je fis le tour puis je dû m’endormir parce que c’est tout ce dont je me souviens. Cette nuit-là aussi je fis aussi des rêves intenses et les nuits suivantes je dormis mal, me réveillant régulièrement la nuit puis définitivement entre six et sept heures, quelle que soit l’heure à laquelle je m’étais couché, ce qui de toutes façons est bien trop tôt pour moi !

Je n’arrive pas encore à interpréter ce dernier songe mais j’ai le sentiment profond qu’il est lié à ma séance avec Marie et que non, je n’en ai pas fini avec cette thématique…! Quant au rêve avec ma grand-mère il mêle les éléments réels de la situation actuelle (il faut toujours que je me prépare un peu psychologiquement avant d’aller la voir) au fait que c’est parce que j’ai été assignéE F à la naissance que je me suis faitE violer. Sans vouloir invisibiliser le fait que des personnes assignées M à la naissance subissent aussi des assauts sexuels, la première personne à qui j’en ai parlé était un ami qui s’est trouvé avoir été abusé par son oncle dans son enfance, en ce qui me concerne cela m’est clairement arrivé parce qu’il m’a pris pour une fille. Et pourtant je n’en étais pas une. Et comme il n’a pas utilisé de préservatif ce fût la seule fois de ma vie où j’ai attendu et été heureux d’avoir mes règles, que j’ai toujours détestées par ailleurs ! Cela aussi je l’avais oublié.

Le dernier rebondissement s’est passé hier soir. La veille j’avais eu deux mecs à la maison pour une sexe partie privée et à un moment l’un des deux m’avait demandé en rigolant si les voisins ne se plaignaient pas du bruit quand je recevais, car il est vrai que je suis devenu « bruyant » dans le sexe, je me suis rendu compte que ça me permettait d’amplifier mes sensations. C’est une des choses qui est venue avec ma transition, lorsque j’ai étendu ma sexualité, alors que jusque là j’étais plutôt discrètE avec mes partenaires et complètement silencieux/se lorsque j’étais seulE avec moi-même. J’avais développé des techniques pour être capable de me masturber avec du monde à côté sans que personne ne s’en rende compte, la seule chose qui aurait pu me trahir était ma respiration et le souffle au moment de l’orgasme, mais dans un environnement bruyant personne n’y fait attention. Je suis toujours capable de le performer mais dans ma sexualité j’ai maintenant fait le choix de laisser aussi libre cours à cet organe. Au moment de m’endormir je me suis revu dans la situation de l’acte sexuel forcé, scène jusqu’à laquelle je n’étais pas allé lors de la séance avec Marie et me suis souvenu qu’à un moment la pensée était passée dans mon esprit que je ne laisserai aucun son sortir de ma bouche, une sorte de « ça il ne l’aurait pas ». Est-ce pour ça qu’ensuite lors de ma sexualité avec les autres, qui n’a commencée que six années plus tard, je n’étais pas capable de m’exprimer ou est-ce une chose que j’ai en moi, quand je suis en danger, ne pas faire de vagues ? Parce que lorsque je me suis fait méchamment agressé à Paris à coup de poings et de gaz lacrymogène, je n’ai pas crié une seule fois pour demander de l’aide. A posteriori je me suis posé la question de la raison, sachant que j’avais de façon trouble vu d’autres personnes dans les rues, certes de l’autre côté d’un grand boulevard, mais crier aurait peut-être attiré leur attention !

Maintenant je suis certain que j’ai besoin d’au moins une autre séance sur ce qui s’est passé il y a vingt-six ans et peut-être que sur le chemin je découvrirai pourquoi je ne peux pas utiliser ma voix en situation de danger.

Les séances avec Marie me font ouvrir ce qui pourrait être l’antonyme de la boîte de pandore et m’aident à soigner ce qui est encore blessé au fond de moi. Au vue de la vie que j’ai eue et que je continue à vivre, je pense qu’il m’en faudra le reste pour arriver au bout de ce chemin, probablement même qu’il ne s’arrêtera qu’avec ma mort. Mais d’ici là je vais continuer parce que ça aide de se soigner et de se connaître et j’ai découvert avec l’hypnose, que j’ai elle-même découverte avec Marie, que je peux le faire et que ça me fait du bien !

KAy


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