La magie est en soi

La magie peut se concevoir comme un art secret, comme une action mystérieuse, comme un effet d’incantations, de formules, de potions, de danses, de suggestions… ou comme l’application pratique de connaissances techniques qui occasionnent des changements, en accord avec une intention.

Le qualificatif « intérieur », quant à lui, sépare l’exo (ce qui est en dehors de soi, comme le monde des esprits par exemple) de l’endo (ce qui est à l’intérieur de soi).

Je ne rejette aucune croyance en rapport avec d’autres mondes que celui auquel nous avons accès au quotidien. Je fais des expériences étranges, qui me bousculent, parfois.

Simplement, mon propos sur la magie intérieure englobe la magie en rapport avec soi-même, son propre système émotionnel, physique, intellectuel, spirituel… et non en rapport avec des forces venues d’ailleurs. Je ne juge pas les croyances s’y rapportant mais je ne travaille pas avec elles. Je pratique le scepticisme, en accueillant les expériences sans tenter de les expliquer par des théories enfermantes et en restant centrée sur ce qui dépend de l’individu ou des groupes qui rêvent ensemble.

Le mot « magie intérieure » qualifie pour moi la confluence de que je vis à travers différentes explorations. En hypnose éricksonienne façon corporate (conférences en écoles ou instituts, formations en entreprises éthiques, intervisions avec mes collègues de l’Académie de l’Arche) ou façon new age (viens me rencontrer dans la montagne!), en néochamanisme ou en shamanisme natif adapté aux occidentaux (même si nous revendiquons un désir d’authenticité), en rassemblements de fées ou de sorcières, en communication animale, en performance artistique…

Comment l’activer?

La magie intérieure est naturelle, elle dort en chacun.e de nous.

Pour l’activer, il suffit de porter son attention sur ce que l’on ne perçoit pas habituellement, masqué par les préoccupations rationnelles.

En envisageant le monde sans le filtre du « normal », en neutralisant la peur de se découvrir ou de perdre le contrôle, en acceptant que le « vrai » n’existe que dans notre cerveau, il est possible de déconstruire la perception habituelle, de changer d’éclairage et d’ouvrir les visions puis de cheminer vers leur réalisation.

L’hypnose, le rêve éveillé augmenté par l’hypnose, le jeu avec l’espace transitionnel, la connexion profonde (« voir et être vu.e »)… dissolvent la frontière entre l’intérieur (les représentations, la façon de ressentir et de conceptualiser le monde) et l’extérieur (ce qui est perçu et traité par le système interne), jouent avec des variations déstabilisantes de nos paramètres, décalent nos conceptions et réenchantent l’existence, en donnant de la flexibilité, voire de la fluidité, à l’assemblage de ce qui nous constitue.

En remettant en question ce qui « est » (croyances, procédures automatiques… tout ce qui est considéré en « c’est comme ça »), en mettant le doute dans tout (im)possible et tout processus mis en lumière (et qui sort, par là même, de ce qui est désigné comme inconscient), en acceptant la transgression des certitudes, surgit l’observation puis la réorganisation du système de ressentis, de pensées, de réactions…, en adéquation avec ce que l’on désire créer grâce à cette hyperconscience.

Notre système est bien plus souple, puissant, équipé, interconnecté, agile… que la façon dont la majorité l’expérimente!

Dans quel contexte?

Pour certain.e.s, la magie intérieure est un outil de « développement personnel » au service d’un objectif individualiste, voire un outil de ressources humaines (argh!). L’hypnose sert, par exemple, à améliorer la qualité de vie en lui enlevant le tabac ou à libérer la confiance en public ou à maintenir une érection plus longtemps ou à gérer la concentration et la fatigue pour une mission patronale ou à intégrer un deuil ou se positionner efficacement dans une équipe…

Je rejoins partiellement cette conception, en répondant aux demandes des personnes qui viennent me consulter pour le mieux-être et je le fais avec plaisir car j’ai la croyance qu’une personne en accord avec elle-même, avec ses besoins et ses désirs essentiels et non avec les manques et les peurs liés aux blessures, respecte davantage l’autre et le monde.

De façon plus vaste, pour moi, c’est davantage une remise en question permanente de ce qui nous est donné comme « normal » par l’ordre établi, en questionnant les biais et en choisissant plus librement la façon dont je me (re)présente seule, en relation et, tout simplement, au monde. En portant notre attention sur ce qui est inaccessible habituellement ou sur ce qui nous effraye, en imaginant une version positive de nos zones obscures, nous nous (re)créons.

De cela découle une liberté d’être, l’invention de soi hors catégorisations (sans cesse remise en question par la pression des normes)… et son revers: une bizarrerie, un positionnement dans ce que l’on nomme communément les marges (moi je préfère les interstices), un décalage avec ce qui est communément admis.

En outre, en étant en connexion profonde avec l’autre, humain.e ou non, la bienséance laisse la place à la clairvoyance, notamment de l’injustice des classifications qui indiquent comme « juste », « vrai », « normal », ce qui occasionne des inégalités et des souffrances. En cela, je rejoins la magie des sorcières positives queer, qui militent pour l’attention à l’autre et à la terre, pour l’inclusion, pour l’harmonie débarrassée des assujettissements, exploitations et oppressions systémiques ordinaires.

Je développerai ce point dans un autre article. Poursuivons…

L’état d’hyperéveil

Le décalage de l’état de conscience ordinaire, restreint par les préjugés et les certitudes établies dites rationnelles, laisse la place à une attention augmentée, en relation avec tous les paramètres de l’existence.

L’état de dissolution de soi dans le grand tout ouvre une macrocompréhension. L’hyperfocalisation sur une représentation singulière fait accéder à des réalisations (aux deux sens du terme), inaccessibles en état ordinaire.

Un autre ordonnancement se déploie. Une autre logique et d’autres choix apparaissent… en plongeant en soi, dans ses ressources de lumière cachées ou dans ses maquis sombres. Créer sa vie, son oeuvre et son monde devient un jeu avec le focus, l’autosuggestion, l’imagination active.

Différentes techniques permettent de suspendre les déterminations installées et de remettre en jeu de nouveaux possibles. Le passage vers cet état est souvent représenté par des techniques d’induction hypnotique, par l’ingestion de plantes, par des rituels, par des respirations amplifiées, par des postures…

Avec un peu d’expérience, il est aussi possible de faire appel à la magie intérieure plus simplement ou carrément d’en faire un état quotidien, fluctuant en permanence, ajusté aux différents contextes et intentions.

C’est cette modalité de fonctionnement que j’aime transmettre à travers mes séances, stages, créations artistiques ou lors de simples échanges.

Mise en place des conditions de l’étonnement

Pour accueillir cette ouverture, la première condition est de quitter le confort de la rationalité ordinaire, des cases prédéfinies, de ce qui est inscrit en soi comme indiscutable ou inchangeable.

Des pistes? Se poser dans l’existence avec l’innocence d’un petit enfant (ou d’un chat?). Ecouter attentivement les signaux que le corps émet. Observer l’ici et maintenant, sans l’appui du savoir. Laisser l’imagination s’activer sans bride (mais tout de même dans un terrain défini). Se laisser emporter par un flux collectif qui annihile les modalités de fonctionnement automatique. Poser son focus et accueillir sans trier les perceptions, impressions, sensations, pensées, émotions étranges. De nombreux chemins mènent à accepter de ne pas comprendre, de lâcher le système normé.

Aux commencements, l’accompagnement par un.e professionnel.le sécurise et emmène, à condition que sa pratique ouvre la porte vers la magie intérieure de l’accompagné.e et non vers d’autres conditionnements et croyances qui enferment.

Peu à peu, quelques points de repère permettent de « passer » et d’explorer seul.e.

Puis les outils de voyage s’intègrent et se prolongent, jusqu’à ce que l’art de vivre en connexion avec sa propre magie intérieure ne soit plus questionné que par la question des limites.

Forger et intégrer ses propres outils (s’augmenter)

Une fois gérée la question du passage,  vient l’introduction au pouvoir d’imaginer, de créer son propre réel, de se transformer soi mais aussi son rapport à l’autre et au monde.

A chacun.e ses outils. Pour moi, transformer la réalité qui s’impose passe d’abord par l’exploration, le voyage, l’éclairage, dans l’observation et dans l’accueil de tout ce qui survient, par la « vision » plurisensorielle et par… l’amour de soi. Arrive ensuite l’expérimentation, comme voyager dans différents points de vue, changer un paramètre et observer les transformations, jouer avec les autosuggestions et avec les questionnements intérieurs, imaginer l’impensable et le laisser s’organiser sans intervenir consciemment, juste en lui donnant une direction, un cap… Puis vient la négociation avec tout ce qui nous constitue et la mise en place du surgissement de l’inouï selon une intention formulée au préalable (ce qui devient d’ailleurs très vite évident après l’insight, « mais oui bien sûr, comment n’y ai-je pas songé avant, c’est génial! »).

Plus techniquement, des notions comme les portails, les dividus, le paysage intérieur, l’ancrage, les vigies, les balises, le lieu de ressourcement, la position méta, l’axe vertical, le « voir et être vu », l’imaginaction, l’autosuggestion, l’espace transitionnel, le rituel d’impulsion… complètent la boite à outil. Et c’est parti!

Le pouvoir de l’imagination est constitutif de notre devenir. Le rêve est le réservoir des configurations du monde des possibles. La magie intérieure est une voie de transformation.

Des allers et retours

Si l’on vit uniquement dans un état modifié de conscience qui augmente nos perceptions et libère notre imagination, alors la psychose menace, avec la peur de « perdre pied » dans les chimères. Si nous nous contentons de l’état de conscience privilégiant le pseudo-rationnel, alors, la névrose veille, engluée dans la soumission aux idées reçues et dans la répétition.

L’aller et retour entre ces deux modes grâce à différentes techniques, qui s’apprennent et s’entrainent, libère en toute sécurité et donne accès à la création de sa vie (mieux-être), son oeuvre (création artistique), son monde (exploration, augmentation).

Par le biais d’une séance de rêve (en individuel ou en groupe, en cabinet, dans la nature, en centre d’art…), mais aussi par celui des créations sonores hypnotiques à écouter chez soi ou à découvrir en parcours au sein de l’exposition « Magies, Sorcelleries » au Museum de Toulouse de décembre 2020 à octobre 2021, la magie intérieure se déploie.

Il suffit d’oser.

Marie Lisel

Quelques liens en vrac

Rencontrer un chat en tant qu’être à part entière

Entrer dans la magie intérieure par un parcours audio hypnotique au Museum de Toulouse

Lire des récits de voyages oniriques de séances individuelles et de séances de groupes (bas de la page)

Exemples pour le mieux-être: compulsions et addictions et épuisement

L’imaginal et le pouvoir animal

L’espace transitionnel

Jouer avec les rituels

Les traversées avec les chevaux médiateurs

La connexion profonde

Fantasmes, bOa, Agogies, des voyages enregistrés disponibles sur Bandcamp

Une co-performance avec Fabrice Cazenave

Travaux artistiques en cours et passés (magie intérieure et co-création)

Une autre magie intérieure: le rêve lucide

« Il ne faut pas voir la réalité telle que je suis ». Paul Eluard